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    Timothée Boitouzet

    « Les villes du futur seront en bois »

    Son bois augmenté est aussi solide que le béton

    Timothée Boitouzet a décidé de “faire bouger les lignes”. Avec son entreprise Woodoo, il a créé un bois révolutionnaire – très solide, transparent et imputrescible – pour lequel il a reçu une ribambelle de récompenses internationales. Son envie : repenser l’habitat et la ville. Depuis six mois, il fait partie des meilleurs représentants de cette France innovante qui se bouge.

    Paris, 3e arrondissement – 13h. Timothée Boitouzet, jeune homme brun tiré à quatre épingles en chemise blanche impeccable et chaussures de ville, nous a donné rendez-vous à Wood, un élégant restaurant du Marais. Murs, tables et plancher sont tout de bois constitués. Une coïncidence ? Sûrement pas ! Le jeune homme de 29 ans a fait du bois son matériau fétiche.

    En avril dernier, il était élu innovateur de l’année par la très prisée MIT Technologie Review pour son bois translucide et imputrescible. Une innovation récompensée par 6 prix internationaux en 6 mois. “J’aime beaucoup cet endroit, il devrait y en avoir plus dans cet esprit”, poursuit celui dont le rêve est de remplacer les murs de béton par du bois, plus écolo.

    “On n’imagine pas l’innovation avec le bois car c’est un matériau ancestral. En plus, la France a une culture architecturale de la pierre, faite pour protéger et durer éternellement. Il y a une idée d’immortalité, qui n’existe absolument pas au Japon où l’habitat suit le même cycle de vie que la nature.”

    L’entrepreneur (slash) architecte (slash) biologiste cite l’économiste Jeremy Rifkin et le sociologue Michel Lallement. Après avoir commandé une salade thaï, Timothée Boitouzet embraye sur son envie de répondre aux enjeux sociaux liés aux questions environnementales et de l’habitat.

    “Je fais partie d’une génération d’idéalistes, qui a beaucoup voyagé, est ouverte sur le monde et veut participer à celui de demain !”

    Vous avez dit du bois magique ?

    Bavard, Thimothée empile les sujets, et se reprend lorsqu’il commence à jargonner. Le sujet n’est pas forcément simple. Pour arriver à ce bois presque transparent, il a dû le modifier :

    “Nous avons retiré la lignine, qui tient les fibres du bois ensemble, et remplacé l’air qu’il contient par une résine végétale. »

    Résultat : le matériau n’est plus inflammable, il ne pourrit plus, résiste à l’eau et se trouve plus solide et dense.

    “C’est un peu du bois magique, d’où son nom : Woodoo [prononcé Vaudou en anglais ndlr]”

    woodoo2-min

    Voilà un an que l’entrepreneur a lancé sa boîte. Ils y sont aujourd’hui trois : un biochimiste, un business developper et lui. Encore plongés dans les expérimentations et les phases de test, les compères espèrent développer leurs premiers prototypes de mobilier courant 2017.

    “Nous utilisons des bois français de faible constitution, comme l’épicéa, le pin ou le peuplier”, ajoute l’auto entrepreneur qui n’accepte pas qu’on lui parle de déforestation :

    “C’est un argument réel pour le bois exotique, mais pas en France où nos forêts sont sous-exploitées. Nous avons le plus gros stock de bois d’Europe, mais nous sommes déficitaires sur ce marché. Il y a un problème !”

    A long terme, il voudrait organiser une économie circulaire, utiliser le bois laissé pour compte pour ensuite “le transformer en super bois”. Résultat, un matériel compétitif, aussi bien techniquement qu’économiquement ! Le tout travaillé avec des procédés verts et durables.

    “La fuite des cerveaux c’est terminé”

    Timothée Boitouzet enchaîne analyses économiques, morceaux d’histoire architecturale et explications de bio. Une aisance acquise durant une décennie passée à l’étranger et dans des grandes écoles. Originaire de Dijon, le jeune homme a enchaîné un cursus brillant à l’école d’archi de Versailles à des jobs aux 4 coins du monde. Brésil, Maroc, Danemark, Suisse, il a été partout, et surtout au Japon. Un période durant laquelle il a déjà son idée de bois magique en tête : “C’est le Japon qui m’a inspiré”. Il décide alors de repartir en salle de cours et entre à Harvard en filière biologie.

    “En France, si j’avais expliqué que je voulais faire de la bio pour enrichir mes compétences d’architecte, on m’aurait regardé de travers. Aux Etats-Unis, il n’y a pas de problème à mélanger les disciplines. Au contraire, tout est fait pour. Sur le campus, je pouvais rencontrer des prix Nobel de chimie en traversant la rue !”

    Et puis il a décidé de revenir en France et de lancer Woodoo, qu’il avait dans ses cartons depuis plus de cinq années. “J’ai envie de participer au monde de demain et même à la France de demain.” Pour lui la fuite des cerveaux est bel et bien terminée :

    “Pendant mes années à l’étranger, j’ai bossé avec trois prix nobel d’architecture, c’est impressionnant. Je bossais pour des super stars, qui ont fait des choses démentes. Et à un moment je me suis demandé quelle serait ma contribution…”

    woodoo

    Génération idéaliste, génération innovante

    Depuis, il a fait le pari de participer à la ville de demain, une ville meilleure, plus écolo et plus juste selon lui :

    “J’ai envie d’essayer de changer le monde ! C’est ce qui me fait me réveiller tous les matins.”

    Ce passionné ne dort d’ailleurs pas beaucoup. Hyperactif, il confesse avoir déjà travaillé pour trois boîtes en même temps, tout en développant la sienne. Une époque révolue, puisqu’il se consacre exclusivement à Woodoo aujourd’hui. Graver son nom dans la pierre, il n’en a pas vraiment l’ambition. Il préfère se positionner dans dans “cette nouvelle génération d’entrepreneurs” à laquelle on “devrait faire davantage confiance, car suit une quête humaine et de sens, plutôt qu’une quête commerciale” :

    “Nous sommes une génération d’idéalistes ! Je le vois autour de moi. Avec mes potes, autour d’un verre, on ne parle que du futur. C’est tout ce qui nous intéresse. J’imagine que quelqu’un de parachuté à notre table nous prendrait pour des fous !”

    Ajoutant :

    “On est super en France ! Il y en a marre de se lamenter et d’entendre des discours défaitistes. Si on était à la bourre en terme d’innovation, ça n’est plus le cas ! La machine est en marche. Et on a besoin de bonnes énergies pour qu’elle continue à avancer.”

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